Le Québec : une culture d’innovation ?
Le Québec est depuis longtemps un terroir fertile distinctif en matière d’innovation sociale. Il y a chez nous une longue pratique, souvent portée à bout de bras par les associations & organismes, les acteurs du développement local, de l’entrepreneuriat social, sans oublier les activistes engagés un peu partout dans la société, y compris dans l’administration. Mais leurs efforts sont clairsemés, et leurs enseignements trop ignorés des grandes structures, des institutions et des procédures publiques. Or en ce moment, il y a une occasion de transformation majeure à saisir pour les acteurs publics.
Nos élus doivent davantage intégrer l’innovation sociale au sein des grandes politiques publiques. Aujourd’hui, les politiques d’innovation misent essentiellement sur la technologie, en oubliant préalablement l’implication sociale majeure. Alors que l’économie solidaire produit les modèles de développement parmi les plus robustes et les plus efficaces, elle reste souvent le parent pauvre des politiques publiques. Or la culture et les méthodes propres à l’innovation sociale peuvent apporter un profond souffle de renouveau à l’ensemble des politiques et de la puissance publique, améliorer le service rendu et, pourquoi pas, réconcilier les citoyens avec leurs gouvernants.
L’administration doit se professionnaliser dans ce domaine. Il y a dans l’innovation sociale une alternative intéressante à la culture de l’audit et du contrôle financier qui paralyse les grandes institutions. Seule l’innovation “dirigée par l’usager” peut faire tomber durablement les frontières administratives et transformer les modes d’intervention publique, sous forme de médiation. Plus axée sur le qualitatif et le “sensible”, elle mobilise des techniques de pointe, requiert des profils nouveaux, créatifs & ingénieux : une nouvelle génération de designers, de sociologues, d’artistes, d’ingénieurs sociaux et numériques qui cherchent des réponses pragmatiques aux grands problèmes de société et du quotidien – crise économique, éducation, pauvreté, santé mentale, pollution…
Tous les acteurs de l’innovation sociale doivent travailler en réseau. Pour atteindre un seuil critique, il faut que les efforts des innovateurs de tous types, sociaux et numériques, ceux du secteur public et des entreprises privées, les anciens et les nouveaux, ceux de l’urbain et du rural, les chercheurs aussi bien que les praticiens de terrain et les animateurs associatifs, puissent converger. Pour y parvenir, il faut faciliter l’échange des pratiques les plus innovantes dans le cadre de réseaux pluridisciplinaires, en faisant sauter les frontières entre ceux qui conçoivent et ceux qui appliquent. Il faut aider à la création de lieux, physiques ou virtuels, où les innovations puissent acquérir une visibilité maximale, leurs résultats soient validés et que ces méthodes puissent se généraliser. Il faut redonner à l’expérimentation sociale ses grandes lettres de noblesse pour en faire un outil neutre de production de connaissance et de modernisation.
L’innovation sociale, certainement, nous redonnera l’envie et l’élan du changement collectif, mettre en commun nos forces et connaissances, valoriser les secteurs créatifs et artistiques, voilà seulement quelques pistes de solutions pour dynamiser l’innovation.
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- Published:
- octobre 9, 2009 / 4:53
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