Indecent Exposure

mai 1, 2008

Le monde des réseaux sociaux sur le Web est quasi homogène : les usagers s’engagent à l’exhibition.  La création et la consommation d’images et de d’autres détails intimes de sa propre vie ou sur celle des autres est la principale activité.  Ce monde ne se retient pas : il n’y a que la révélation.  Examinez rapidement un profil et vous en saurez plus en un instant sur une potentielle connaissance que vous n’en auriez appris en un mois sur un ami.  Comme le relatait récemment un étudiant dans le The New York Times Magazine : “On peut tomber sur des gens lors d’une fête, et regarder ensuite sur Facebook quels sont leurs intérêts (…) Tout le monde se donne beaucoup de mal à se décrire, c’est comme une incarnation de ta personnalité”.

Il semble donc qu’en plongeant dans ces sites sociaux, beaucoup d’entre nous aient renoncé à l’un des charmes supposés du Web : l’anonymat.  Comme le note Michael Kinsley dans Slate, afin de “reprendre leurs droits d’individus uniques”, les utilisateurs énumèrent leurs informations personnelles: “voici qui sont mes amis, voici tout la musique que j’aime, une photo de mon chien…”.  Michael Kinsley ne s’en étonne pas : il juge ces sites comme de “vastes célébrations du solipsisme”, la vue philosophique que seulement l’individu existe ou peut être connu pour exister…  Les membres des réseaux, notamment les jeunes, sont pour la plupart du temps naïfs ou mal informés sur la quantité d’information qu’ils rendent publiques. “On ne peut que s’émerveiller devant la quantité, la précision, et la nature des informations personnelles que certains utilisateurs fournissent, et réfléchir à la qualité de renseignement que peut atteindre cet échange d’informations”, écrivaient en 2006 les chercheurs Alessandro Acquisti et Ralph Gross.

Lors d’une enquête par les deux chercheurs sur les utilisateurs de Facebook dans leur université, ils “ne détectèrent que peu ou pas du tout de relation entre les exigences déclarées et les comportements probables de protection de la vie privée des participants” à propos de la mise en ligne d’informations personnelles.  Même parmi les étudiants qui - dans l’enquête - déclaraient être les plus inquiets du caractère privé de leur vie – ceux qui s’alarmaient du “scénario selon lequel un étranger puisse connaître leur emploi du temps et savoir où ils habitent” - environ 40% publient leur emploi du temps sur Facebook, 22% leur adresse civique et près de 16%, les deux.

2 Réponses à “Indecent Exposure”

  1. nicolask7 a dit :

    ça recoupe aussi les écrits de taylor sur l’atomatisation sociale dans
    http://books.google.com/books?hl=en&lr=&id=8XilSltUbyEC&oi=fnd&pg=PA1&dq=%22Taylor%22+%22The+Malaise+of+Modernity%22+&ots=CKqZl5ZOHm&sig=WDT-PgITwVmQCWKSqp5R2Uxec64#PPA19,M1

  2. Martin Lessard a dit :

    Quelqu’un avait dit qu’à l’époque du web 1.0, (traduction approximative) tu pouvais être un chien et te faire passer pour un chat personne ne le savait.

    Aujourd’hui avec le web 2.0, aucun chien n’a intérêt à se faire passer pour un chat s’il recherche la présence d’autres chiens.

    La perte de l’anonymat a effectivement apporté un rapprochement des semblables…

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