Rockers Hi-Fi

avril 13, 2008

Myspace, Facebook et autres Friendster… l’émergence et l’explosion de ces réseaux sociaux posent des questions profondes sur les rapports humains et le statut narcissique numérique.

L’objectif premier de ces réseaux consiste à se “faire des contacts”, basé sur un “cercle d’amis”. Ces réseaux redéfinissent les liens d’amitié entre les contacts liés, véritable mine d’or pour les spammers, les publicitaires, mais également les politiciens. Ils relient les gens d’une manière inédite et permettent à chacun d’exhiber son individualité : intérêts musicaux, amis, photos, films, images…

Cette explosion des réseaux à contacts est un clin d’oeil à la théorie des degrés de séparation, élaborée par Stanley Milgram, selon laquelle deux personnes choisis au hasard peuvent être reliée en utilisant en moyenne 5,5 intermédiaires. La théorie a été fortement remise en question depuis mais fait partie de la culture populaire. Mais quelle est la nature cohérente de ces intermédiaires ? Le sociologue Mark Granovetter indique que les relations les plus distantes sont souvent plus utiles.

La nature des relations “digitales” et la perception que l’on a de ces amis virtuels, ces multiples contacts qu’on noue sur les sites de réseaux sociaux mérite qu’on se questionne longuement. Les relations gagnent en quantité ce qu’elles perdent en qualité. Le fonctionnement de ces sites pousse également à une véritable course au contact. On cherche le statut, la reconnaissance, notamment par le nombre d’amis.

Malgré cette apparente explosion des individualités on y voit surtout une monotonie dans l’exhibition : pour être vu de façon exponentielle, il faut faire dans la surenchère. D’autant que les comportements de groupe sont assez prévisibles : plus une page est cliquée, plus elle attire le clic futur. Quitte à renoncer à l’anonymat, jusque là marque des pionniers dans l’utilisation du web. Les problèmes liés au manque de protection de la vie privée commencent à émerger, notamment dans le domaine professionnel.

On assiste, finalement, à une forme d’appauvrissement de l’intelligence émotionnelle. Même si les utilisateurs ne confondent pas leurs amis et les contacts qu’ils peuvent se faire sur MySpace ou Facebook, les nouveaux comportements des utilisateurs de sites de réseau a de quoi faire réfléchir les chercheurs. La connexion constante, le désinvestissement dans la sphère réelle voire le désintérêt progressif pour les affaires de la “vie réelle” viennent non pas de l’utilisation mais, comme toujours, des abus.

Une réponse à “Rockers Hi-Fi”

  1. Robert a dit :

    Dans le mille avec la surenchère, Pascal!

    La transaction dans le Web social est triple : il y a moi qui m’exhibe + ou - naîvement dans Face Book par exemple; il y a les “amis” qui me correspondent et répondent à mon profil, et, désormais, il y a tous les publicistes qui profitent de mes données personnelles (caractéristiques, préférences, CV, etc.)pour m’inciter à consommer… davantage, il va sans dire.
    J. Languirand parlait encore hier soir de la société d’hyperconsomation ou le qualitatif (besoin relationnel) est soumis (voire sacrifié) aux impératifs du quantitatif (des données marketing pour vendre).

    Big Brother est un cliché que le Web social actualise: à surveiller ; )

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