Status Seeker
avril 7, 2008
Il serait indécent de signifier que les gens ne savent pas faire la différence entre les amis de leurs réseaux virtuels et les amis qu’ils fréquentent physiquement dans la vraie vie. L’utilisation du mot “ami” sur ces sites est détourné, et il est fort probable que personne ne confonde ses centaines d’amis sur MySpace ou Facebook avec de vraies relations.
Cette impulsion de collection est synonyme d’un autre besoin profond et pressant : le besoin de statut. À la différence des portraits peints que les membres de la classe moyenne d’autrefois chargeaient de signifier leur position d’élite lorsqu’ils grimpaient les échelons, les sites de réseaux nous permettent de créer du statut – et non seulement de le commémorer une fois acquis. C’est pourquoi la plupart des profils de vedettes sur MySpace sont faux, souvent créés par des fans : les célébrités n’ont pas besoin de 800 amis pour prouver leur importance. C’est le reste de la population, en quête d’une célébrité paroissiale, qui en a besoin. Warhol l’avait bien prédit…
Mais cette quête de statut a un incontournable partenaire: l’angoisse. L’entretien de son statut sur MySpace ou Facebook demande une vigilance permanente. Comme l’écrivait un jeune de 24 ans dans le New York Times : “je suis obsédé par les témoignages et j’en réclame constamment. C’est la monnaie sociale ultime : les déclarations publiques d’une relation intime… Chaque profil est une campagne média soigneusement montée”.
Ces sites sociaux ont été réfléchis pour ceci. Décrivant le travail de B.J. Fogg de l’université de Stanford, qui étudie les “stratégies de persuasion” utilisées par les sites sociaux pour encourager la participation, The New Scientist explique : “le secret est de lier l’acquisition d’amis, de compliments et de statut – des gâteries pour lesquelles les humains travaillent dur- aux activités qui mettent en valeur le site”. Comme le racontait Fogg au magazine, “vous offrez aux gens un contexte où acquérir un statut, et ils vont travailler pour ce statut”.
Le théoricien des réseaux Albert-László Barabási note que les connections en ligne suivent la règle de “l’attachement préférentiel”, c’est-à-dire que “si l’on prend deux profils, dont l’une a deux fois plus de liens que l’autre, à peu près deux fois plus de gens choisiront de se relier à la page la plus connectée”. Résultat, “alors que nos choix individuels sont très imprévisibles, en tant que groupe nous suivons des figures strictes”. En poursuivant comme des lemmings le statut en ligne via la collection de centaines d’ “amis”, nous respectons clairement cette règle.
Que signifie donc finalement ce désir de statut en ligne pour la communauté et l’amitié ? En écrivant dans les années 1980 les Habitudes du cœur, le sociologiste Robert Bellah et ses collègues montrèrent le passage des communautés traditionnelles, tricotées localement, à des “enclaves de style de vie” largement définies par “les loisirs et la consommation”.
Peut-être aujourd’hui avons-nous migrés au-delà même de ces enclaves de style de vie vers des “enclaves de personnalité” - des lieux virtuelles isolées au sein desquelles nous pouvons devenir des personnages différents (et parfois contradictoires), avec des groupes différents d’amis alter-ego souvent intermittents.
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